Pourquoi l’accessibilité numérique devient incontournable en 2025

Le 28 juin 2025 marque un tournant majeur pour le web français et européen. La directive européenne sur l’accessibilité (European Accessibility Act – EAA), adoptée en 2019, entre pleinement en application. Sa transposition en droit français élargit considérablement le périmètre des entreprises soumises aux obligations d’accessibilité numérique.

Jusqu’ici, seuls les sites publics et les grandes entreprises réalisant plus de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires étaient réellement contraints. Désormais, un grand nombre de PME du secteur privé doivent se conformer au RGAA (Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité).

En France, 12 millions de personnes vivent avec un handicap, soit près de 18 % de la population. Parmi elles, beaucoup rencontrent des obstacles quotidiens pour naviguer sur des sites web mal conçus : absence de texte alternatif sur les images, contrastes insuffisants, formulaires inaccessibles au clavier, vidéos sans sous-titres…

L’accessibilité numérique n’est donc pas qu’une contrainte juridique. C’est un levier d’inclusion, de performance commerciale et de qualité technique.

Ce que dit la loi : le cadre juridique en détail

La directive européenne EAA (2019/882)

Adoptée le 17 avril 2019 par le Parlement européen, la directive EAA vise à harmoniser les règles d’accessibilité des produits et services au sein de l’Union. Elle couvre :

  • Les sites web et applications mobiles de commerce en ligne
  • Les services bancaires et financiers
  • Les services de transport de passagers
  • Les livres numériques (e-books)
  • Les services de télécommunication
  • Les terminaux en libre-service (bornes, distributeurs)

Chaque État membre devait la transposer avant le 28 juin 2022. En France, c’est chose faite via la loi n° 2023-171 du 9 mars 2023 et ses décrets d’application, qui modifient l’article 47 de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances.

Le RGAA 4.1 : le référentiel technique français

Le RGAA est le référentiel officiel qui traduit les normes internationales WCAG 2.1 (niveau AA) en critères testables et opérationnels. Sa version actuelle, le RGAA 4.1, comprend :

  • 106 critères de conformité
  • 13 thématiques (images, cadres, couleurs, multimédia, tableaux, liens, scripts, éléments obligatoires, structuration, présentation, formulaires, navigation, consultation)
  • 3 niveaux de conformité : A, AA (exigé), AAA (recommandé)

Les sanctions prévues

Le non-respect des obligations d’accessibilité expose les entreprises à des sanctions significatives :

Type de manquementSanction maximale
Absence de déclaration d’accessibilité20 000 € par service en ligne
Non-conformité du service numérique50 000 € par service en ligne
Absence de schéma pluriannuel (organismes publics)50 000 €
Récidive dans les 3 ansDoublement de l’amende

À ces sanctions financières s’ajoute le risque réputationnel. L’ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) peut publier la liste des entreprises non conformes.

Quelles PME sont concernées ?

C’est la question que se posent beaucoup de dirigeants. Voici les critères clés :

Entreprises directement visées par l’EAA

Sont concernées les entreprises qui fournissent des produits ou services couverts par la directive et qui dépassent les seuils suivants :

  • Plus de 10 salariés
  • ET/OU plus de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel

Concrètement, si vous gérez une boutique en ligne PrestaShop ou WooCommerce, un service de réservation, une plateforme SaaS ou un portail client, il y a de fortes chances que vous soyez dans le périmètre.

Exemptions

Les micro-entreprises (moins de 10 salariés ET moins de 2 M€ de CA) bénéficient d’une exemption. Toutefois, cette exemption ne s’applique qu’à l’obligation légale : en termes de bonnes pratiques et de référencement naturel, l’accessibilité reste un atout considérable.

Bon à savoir : Google intègre de plus en plus les critères d’accessibilité dans ses signaux de classement, notamment via les Core Web Vitals et l’évaluation de l’expérience utilisateur.

Les 13 thématiques du RGAA : ce qu’il faut vérifier

Pour donner un aperçu concret de ce que recouvre la conformité RGAA, voici les 13 thématiques avec des exemples d’erreurs fréquemment constatées par les équipes de Lueur Externe lors d’audits d’accessibilité :

  1. Images – Absence d’attribut alt ou texte alternatif non pertinent
  2. Cadres (iframes) – Titre manquant sur les iframes intégrées
  3. Couleurs – Informations transmises uniquement par la couleur (ex. : champ en rouge sans message texte)
  4. Multimédia – Vidéos sans sous-titres ni audiodescription
  5. Tableaux – Tableaux de données sans en-têtes (<th>) ou sans attribut scope
  6. Liens – Liens génériques type “cliquez ici” sans contexte
  7. Scripts – Composants JavaScript inaccessibles au clavier
  8. Éléments obligatoires – Absence de langue déclarée (lang="fr"), titres de page non pertinents
  9. Structuration – Hiérarchie de titres (H1-H6) incohérente
  10. Présentation – Texte non lisible à 200 % de zoom
  11. Formulaires – Champs sans <label> associé, messages d’erreur non explicites
  12. Navigation – Absence de lien d’évitement, menu non utilisable au clavier
  13. Consultation – Documents PDF non balisés, contenus en mouvement non contrôlables

Audit d’accessibilité : méthodologie étape par étape

La mise en conformité RGAA n’est pas un projet ponctuel, c’est une démarche continue. Voici la méthodologie en 5 étapes que nous recommandons :

Étape 1 : Audit initial automatisé

Des outils comme axe DevTools, WAVE ou Lighthouse permettent de détecter rapidement les erreurs les plus courantes. Attention : ces outils ne couvrent qu’environ 30 à 40 % des critères RGAA. Un audit automatisé seul est insuffisant.

Étape 2 : Audit manuel expert

Un auditeur qualifié teste chaque critère du RGAA sur un échantillon représentatif de pages (page d’accueil, pages de contenu, formulaires, processus de commande…). Cette étape est indispensable pour évaluer les critères liés au contexte, à la navigation et à l’interaction.

Étape 3 : Tests utilisateurs

Idéalement, des utilisateurs en situation de handicap testent le site avec leurs technologies d’assistance habituelles (lecteur d’écran NVDA ou VoiceOver, navigation au clavier, plage braille…). C’est le test de réalité.

Étape 4 : Plan de remédiation

L’audit produit un rapport détaillé avec le taux de conformité (pourcentage de critères respectés) et un plan de correction priorisé. Voici un exemple simplifié de priorisation :

PrioritéType de correctionExempleImpact
P0 – CritiqueBloquant pour l’utilisateurFormulaire de commande inaccessible au clavierPerte de conversion
P1 – MajeureNavigation compromiseMenu principal non accessibleParcours interrompu
P2 – ImportanteContenu dégradéImages sans alt, contrastes insuffisantsCompréhension réduite
P3 – MineureAméliorationLiens d’évitement manquantsConfort de navigation

Étape 5 : Déclaration d’accessibilité et suivi

Une fois les corrections appliquées, l’entreprise doit publier une déclaration d’accessibilité sur son site. Ce document doit mentionner :

  • Le niveau de conformité atteint (totale, partielle ou non conforme)
  • La date de l’audit
  • Les dérogations éventuelles et leur justification
  • Un moyen de contact pour signaler un problème d’accessibilité
  • La procédure de recours auprès du Défenseur des droits

Exemple concret : corriger un formulaire inaccessible

Prenons un cas pratique très courant. Voici un formulaire HTML non conforme que l’on retrouve sur de nombreux sites :

<!-- ❌ Formulaire NON accessible -->
<form>
  <div>
    <input type="text" placeholder="Votre nom">
  </div>
  <div>
    <input type="email" placeholder="Votre email">
  </div>
  <div>
    <select>
      <option value="">Choisir un sujet</option>
      <option value="devis">Demande de devis</option>
      <option value="support">Support technique</option>
    </select>
  </div>
  <div>
    <input type="submit" value="Envoyer">
  </div>
</form>

Problèmes identifiés :

  • Aucun <label> associé aux champs
  • Le placeholder disparaît à la saisie et n’est pas lu par tous les lecteurs d’écran
  • Le <select> n’a pas de label explicite
  • Aucune gestion des erreurs accessible

Voici la version conforme RGAA :

<!-- ✅ Formulaire accessible RGAA -->
<form aria-label="Formulaire de contact">
  <div>
    <label for="nom">Votre nom <span aria-hidden="true">*</span><span class="sr-only">(obligatoire)</span></label>
    <input type="text" id="nom" name="nom" required aria-required="true" autocomplete="name">
  </div>
  <div>
    <label for="email">Votre adresse e-mail <span aria-hidden="true">*</span><span class="sr-only">(obligatoire)</span></label>
    <input type="email" id="email" name="email" required aria-required="true" autocomplete="email">
  </div>
  <div>
    <label for="sujet">Sujet de votre demande</label>
    <select id="sujet" name="sujet">
      <option value="">-- Sélectionnez un sujet --</option>
      <option value="devis">Demande de devis</option>
      <option value="support">Support technique</option>
    </select>
  </div>
  <div>
    <button type="submit">Envoyer le formulaire</button>
  </div>
</form>

Ce type de correction est simple à implémenter mais demande une connaissance précise des critères RGAA et des comportements des technologies d’assistance.

Accessibilité et SEO : un duo gagnant

L’un des arguments les plus convaincants pour les dirigeants de PME est le lien direct entre accessibilité et référencement naturel. De nombreuses bonnes pratiques se recoupent :

  • Textes alternatifs sur les images → compréhension du contenu visuel par Google
  • Hiérarchie de titres cohérente → meilleure compréhension sémantique de la page
  • Navigation au clavier fonctionnelle → amélioration de l’expérience utilisateur (signal UX)
  • Contrastes suffisants et lisibilité → réduction du taux de rebond
  • Sous-titres vidéo → contenu indexable supplémentaire
  • Temps de chargement optimisé → critère Core Web Vitals

Selon une étude de WebAIM (2024), les sites conformes aux WCAG AA affichent en moyenne un taux de rebond inférieur de 15 % et un temps de session supérieur de 20 % par rapport aux sites non accessibles.

Chez Lueur Externe, nous intégrons systématiquement les critères d’accessibilité dans nos prestations de développement WordPress et PrestaShop, ainsi que dans nos stratégies SEO. C’est un investissement qui génère un retour mesurable, tant en visibilité qu’en conversion.

Combien coûte la mise en conformité RGAA ?

Il n’existe pas de réponse unique, car le coût dépend de plusieurs facteurs :

  • Taille du site (nombre de pages et de gabarits différents)
  • Complexité fonctionnelle (e-commerce, espace client, formulaires multiples)
  • CMS utilisé (WordPress, PrestaShop, développement sur mesure)
  • Niveau actuel d’accessibilité (un site récent bien codé nécessitera moins de corrections)

À titre indicatif, voici des fourchettes constatées sur le marché français :

PrestationFourchette de prix
Audit d’accessibilité RGAA complet (site vitrine)2 000 € – 5 000 €
Audit d’accessibilité RGAA complet (site e-commerce)4 000 € – 10 000 €
Remédiation technique (site vitrine WordPress)3 000 € – 8 000 €
Remédiation technique (site e-commerce PrestaShop)5 000 € – 15 000 €
Formation des équipes éditoriales1 000 € – 3 000 €
Accompagnement annuel et suivi2 000 € – 6 000 € /an

Ces montants sont à comparer avec les sanctions de 20 000 à 50 000 euros par service en ligne non conforme, et surtout avec le manque à gagner commercial lié à l’exclusion de près d’un Français sur cinq.

Les erreurs à éviter

Après avoir accompagné des dizaines d’entreprises dans leur démarche d’accessibilité, voici les pièges les plus fréquents :

  • Se fier uniquement aux outils automatisés : ils détectent moins de la moitié des problèmes réels
  • Installer un “overlay” d’accessibilité (widget magique) : ces solutions surcouche ne rendent pas un site conforme et sont dénoncées par la communauté des personnes handicapées et par les experts
  • Considérer l’accessibilité comme un projet “one-shot” : chaque nouveau contenu, chaque mise à jour doit respecter les critères
  • Reporter la mise en conformité : le 28 juin 2025 est imminent, et les audits prennent du temps
  • Négliger la formation : les rédacteurs, les graphistes et les développeurs doivent tous être sensibilisés

Calendrier d’action recommandé pour les PME

Pour les entreprises qui n’ont pas encore entamé leur démarche, voici un calendrier réaliste :

  • Mois 1 : Audit initial automatisé + sensibilisation de la direction
  • Mois 2 : Audit manuel expert par un prestataire qualifié
  • Mois 2-3 : Élaboration du plan de remédiation priorisé
  • Mois 3-5 : Corrections techniques (développement)
  • Mois 5 : Tests de validation et tests utilisateurs
  • Mois 6 : Publication de la déclaration d’accessibilité
  • En continu : Formation des équipes, veille réglementaire, audits périodiques

Six mois, c’est un délai raisonnable pour un site de taille moyenne. Mais plus le site est complexe, plus il faut anticiper.

Conclusion : ne subissez pas l’obligation, faites-en un avantage

L’accessibilité numérique obligatoire en 2025 n’est pas une contrainte de plus pour les PME. C’est une opportunité de se différencier, d’améliorer l’expérience de tous les utilisateurs et de renforcer son référencement naturel.

Les entreprises qui auront pris les devants bénéficieront d’un avantage concurrentiel réel : un site plus performant, plus inclusif, mieux référencé et juridiquement conforme.

Les équipes de Lueur Externe, certifiées PrestaShop et spécialistes WordPress depuis 2003, accompagnent les PME des Alpes-Maritimes et de toute la France dans leur mise en conformité RGAA. De l’audit initial à la remédiation technique, en passant par la formation de vos équipes, nous vous guidons à chaque étape.

Ne laissez pas l’échéance du 28 juin 2025 vous surprendre. Contactez-nous dès maintenant pour un diagnostic accessibilité de votre site et un plan d’action personnalisé.